Le Prophète et l’alcoolique
À l’époque du
Prophète, il y avait un homme prénommé Abdallah qui aimait tant Dieu et Son
messager que le Prophète avait dit, à son sujet :
« En vérité, il aime Dieu et Son messager. »
Il aimait tant le Prophète qu’il avait
pour habitude de lui offrir des mets délicats importés à Médine. Quand une
caravane marchande arrivait à Médine, il y accourait et choisissait des choses
comme du beurre ou du miel, qu’il apportait en cadeau au Prophète. Plus tard,
quand le vendeur réclamait son argent, Abdallah le conduisait au Prophète et
lui disait : « Peux-tu donner son argent à cet homme? »
Le Prophète disait alors :
« Ne m’avais-tu pas offert ces choses en cadeau? »
Et Abdallah répondait :
« Oui, ô messager de Dieu. Mais je n’ai pas les moyens de les
payer! »
Les deux hommes riaient et le Prophète donnait
son argent au marchand.
C’était là le genre de relation joviale
qui unissait Abdallah et le Prophète.
Il faut dire, cependant, qu’Abdallah
était alcoolique. Il était parfois si ivre, qu’on le trouvait titubant dans
les rues de Médine. On l’amenait alors devant le Prophète, afin qu’il le
condamne pour ivresse publique et, chaque fois, le Prophète prescrivait le
châtiment prévu pour cette offense. Et cela se reproduisait régulièrement.
Un jour, alors qu’Abdallah s’en allait
après avoir reçu un autre châtiment, un des compagnons cria, méprisant :
« Que Dieu le maudisse! Combien de fois a-t-il été amené pour la même
offense?! »
L’entendant, le Prophète le
réprimanda :
« Ne le maudis pas! Car je jure par Dieu qu’il aime beaucoup Dieu et Son messager. » Puis, il ajouta : « N’aide pas le diable contre ton frère! »
Il y a beaucoup à apprendre de cette
attitude du Prophète.
Nous devrions considérer la relation
entre ce compagnon et le Prophète, en dépit des péchés dudit compagnon. Cela
n’empêcha nullement le Prophète de se montrer bon envers Abdallah, d’être ami
et de rigoler avec lui.
Cela démontre que dans la société du
Prophète, des gens n’étaient pas ostracisés et les croyants n’étaient pas divisés
entre pieux et pécheurs, sans relations entre les deux groupes. C’était une
société unie, inclusive, où chaque personne pouvait se trouver à un degré de
foi différent. Certains étaient très vertueux, d’autres étaient modérément
pieux et d’autres avaient plus tendance à sombrer dans le péché. Mais personne
n’était écarté de la société et tous en faisaient partie.
Cette inclusion faisait en sorte que
lorsque des membres de cette société commettaient des erreurs, l’effet de ces erreurs
était limité. Comme nul n’était marginalisé, il n’y avait pas d’occasion, pour
le péché, de se répandre. Quand une personne faisait une erreur, elle ne
perdait pas le soutien de ses frères et sœurs, qui étaient là pour l’aider à
revenir sur le droit chemin.
Une autre leçon à tirer de la conduite
du Prophète est l’importance de garder espoir et de demeurer positif. En dépit
du fait qu’Abdallah était fréquemment amené devant le Prophète pour ivresse
publique, le Prophète attira l’attention des gens sur l’une des qualités
d’Abdallah, i.e. le fait qu’il aimait Dieu et Son messager. Pourtant, cette
qualité n’était pas unique à Abdallah; elle était même commune à tous les
croyants. Néanmoins, le Prophète choisit de le louer pour cela. Ce faisant,
il cultivait, encourageait et renforçait cette qualité en chacun de ses
compagnons. Il leur rappelait également que même si une personne dérape, la
foi de cette personne et son amour pour Dieu demeurent intacts.
Il est facile d’imaginer ce qu’a dû
ressentir Abdallah lorsqu’il apprit ce que le Prophète avait dit à son sujet.
Il a dû voir cela comme un immense honneur. Sans doute cela l’aida-t-il à
surmonter sa dépendance et lui redonna-t-il espoir, en plus de lui faire réaliser
que l’essentiel de son être n’était pas marqué de façon permanente par ses
erreurs.
Telle était la façon du Prophète de
souligner les qualités de ceux qui commettent des erreurs ou qui sombrent dans
le péché. Nous avons trop souvent tendance à oublier cela et à considérer des
péchés passés comme une barrière à de bonnes actions futures. Une personne qui
commet un péché grave n’arrive pratiquement jamais à le faire oublier et les
gens l’associent éternellement à ce péché. Nous devons comprendre qu’une telle
attitude ne fait qu’aider le diable à prendre le dessus sur le pécheur et à le
pousser à commettre à nouveau le même péché. À l’opposé, l’approche du
Prophète inspire la vertu. Lorsque des compagnons lui rappelèrent le problème
d’alcoolisme d’Abdallah, il leur rappela l’amour d’Abdallah pour Dieu et Son
messager.
Il ne fait aucun doute qu’Abdallah
avait commis un péché majeur, car le Prophète avait clairement maudit les
substances menant à l’ébriété. Néanmoins, après que le Prophète l’eût condamné
au châtiment prescrit, il ne chercha pas à lui nuire davantage, car il savait
qu’il aurait alors aidé le diable contre cet homme. Il s’efforça plutôt
d’attirer l’attention des autres sur les qualités d’Abdallah.
Cette histoire devrait nous amener à
réfléchir à notre attitude envers les autres. Il nous arrive trop souvent de
traiter les autres durement et injustement, simplement parce que nous sommes en
désaccord avec eux, alors que leurs péchés, ou péchés présumés, sont bien moins
graves que ceux d’Abdallah. Parfois, les « péchés » des autres
relèvent seulement de notre opinion personnelle – alors que la chose disputée
est sujette à interprétation – et pourtant, nous n’hésitons pas un instant à
attaquer nos adversaires de façon virulente, usant de tout notre arsenal
verbal. Combien cette attitude est éloignée de celle du Prophète qui, devant
une personne ayant commis un péché évident, trouvait encore de bonnes choses à
dire à son sujet, tout en maintenant des relations cordiales avec elle.
L’attitude du Prophète envers Abdallah
est un excellent exemple, pour nous, non seulement de la façon dont nous
devrions nous traiter les uns les autres, mais de la façon dont la société peut
arriver à créer des liens sociaux forts qui peuvent dissuader des gens de
sombrer dans le péché.
Sahih Al-Boukhari
Sahih
Al-Boukhari