Le titre de cet article peut en
surprendre certains. Le lecteur s’attend peut-être à y trouver une courte
liste de femmes érudites, comme les épouses du prophète Mohammed (que la paix
et les bénédictions de Dieu soient sur lui), ou quelques informations sur les
filles de grands savants musulmans. Cela est pourtant loin de la réalité. De
nombreuses érudites ont marqué les mille quatre cents ans de l’histoire de
l’islam. Et elles n’enseignaient pas qu’aux femmes.
Bien que beaucoup l’ignorent (sciemment
ou non), l’islam a donné aux femmes des droits qu’on ne leur avait jamais
accordés auparavant et cela inclut le droit à l’éducation. Le monde moderne
semble avoir oublié que les femmes ont longtemps occupé une place de choix en
islam et ce n’est sûrement pas parce qu’elles ont constamment besoin d’être
guidées! Le prophète Mohammed a enseigné que le genre d’une personne n’influe
en rien sur son mérite. Il a clairement affirmé que les hommes et les femmes
ont le même droit à l’éducation et le même devoir de transmettre leurs
connaissances. Les femmes comme les hommes devraient apprendre et transmettre,
entre autres, la sagesse du Coran et des hadiths.
Nous savons que l’assujettissement des femmes ne découle
pas des enseignements islamiques. Au contraire, l’islam a donné du pouvoir aux
femmes, mais au fil du temps, les droits des femmes ont été sapés au point où
elles ont maintenant de la difficulté à se faire accepter dans certaines
mosquées. Aisha, la fille d’Abou Bakr et épouse du prophète Mohammed a
transmis plus de 2000 hadiths. Omar ibn al-Khattab, le troisième calife de l’islam, avait nommé une femme, Shifa bint Abdoullah, à
l’administration du marché de Médine.
Mohammed Akram Nadwi, du collège
islamique de Cambridge, a récemment publié les résultats d’une recherche
avant-gardiste sur les érudites dans le domaine des hadiths. Sa recherche
s’est échelonnée sur 15 ans et a abouti sur un ouvrage de 57 volumes détaillant
et analysant les biographies de plus de 9000 érudites, de l’époque du prophète
Mohammed à aujourd’hui. Dans plusieurs interviews, il a mentionné qu’il
espérait, par ses travaux, encourager les femmes à poursuivre des études et à
s’instruire. Et, tristement, il a dû rappeler à plusieurs hommes que
l’érudition féminine ne pourra jamais vraiment prendre son essor si les hommes
ne réapprennent pas à respecter les femmes.
Dans l’Arabie du 7e siècle,
les femmes ne jouissaient de pratiquement aucun droit. En l’espace de
vingt-trois ans, soit la durée de la mission du prophète Mohammed, ce dernier
fonda une société basée sur la justice pour tous. Nul ne pouvait y être
considéré meilleur qu’un autre si ce n’était de par sa piété. Au 21e
siècle, des femmes, dans certains pays, sont encore traitées comme dans
l’Arabie préislamique. « La perte d’autonomie des femmes musulmanes est une
des raisons majeures de la régression observée au sein de plusieurs sociétés
musulmanes », affirme Omar Farooq Abdallah dans son article intitulé
« Living Islam with Purpose ». Il ajoute que « les femmes
musulmanes, par le passé, ont excellé dans les rôles de leaders, de poètes,
d’érudites, de philanthropes, de guides spirituelles, de même que dans d’autres
domaines. Revenir sur leurs importantes contributions est essentiel pour le
futur des communautés musulmanes partout dans le monde. » Prenons donc le
temps de découvrir plus en détail la vie et les accomplissements de certaines
érudites musulmanes.
Aisha bint Abu Bakr (décédée en 678 de notre
ère)
En plus d’avoir été l’épouse la plus
jeune du prophète Mohammed, Aisha fut également celle qui transmit le plus
grand nombre de hadiths. Elle était aussi une référence en matière de
jurisprudence, une enseignante et une oratrice. Les femmes de son époque se
tournaient toujours vers elle lorsqu’elles avaient des questions d’ordre
religieux. Elle était intelligente, possédait une excellente mémoire et un
grand sens du jugement, et on lui doit plus de 2000 hadiths. On la connaissait
également pour être une grande interprète du Coran. Après la mort du prophète
Mohammed, elle continua d’enseigner à plus de 200 élèves. Omar ibn al-Khattab,
le second calife de l’islam, la consultait régulièrement.
Rubiyya bint Mouawidh (7e siècle
de notre ère)
La famille tout entière de Roubbiya fut
tuée lors de la bataille d’Ouhoud. Elle devint par la suite une de celles qui
transmirent le plus grand nombre de hadiths. On retrouve ses narrations dans
les livres de Boukhari, Mouslim, Ibn Majah et d’autres. Elle rapporta la façon
détaillée dont le Prophète faisait ses ablutions après l’avoir bien observé.
Des compagnons du Prophète la consultaient régulièrement en dépit du fait que
plusieurs érudits masculins se trouvaient à Médine à l’époque. Ses étudiants
incluaient Abdoullah ibn Abbas et son père, le grand interprète coranique.
Amra bint Abdour Rahman (décédée en 710 de
notre ère)
Amra faisait fut une des plus grandes
érudites de la génération qui vint après celle du Prophète et de ses
compagnons. Elle était une des étudiantes d’Aisha bint Abou Bakr, épouse du
Prophète, et devint une spécialiste des hadiths et une juriste bien connue, qui
prononçait des fatwas. Le calife Omar ibn Abdoul Aziz disait aux gens :
« Si vous voulez en apprendre plus sur les hadiths, allez voir
Amra ». L’imam Zouhri, qui a vraisemblablement compilé le tout premier
recueil de hadiths, a dit : « Allez voir Amra; elle est une grande
ressource pour les hadiths. »
Oum al-Darda Houjayma bint Ḥouyayy al-Soughra (décédée
aux environs de l’an 700 de notre ère)
Oum al-Darda fut l’une des grandes
érudites musulmanes de la deuxième génération après le prophète Mohammed. Elle
transmit de nombreux hadiths en plus d’enseigner, d’agir en tant que juriste et
d’interpréter le Coran. Connaissant Aisha, l’épouse du Prophète, et d’autres
compagnons de ce dernier incluant Salman al-Farsi et Abou Hourayrah, elle
transmit plusieurs hadiths provenant d’eux. Après avoir vécu presque toute sa
vie à Médine, elle migra à Damas, où elle enseigna à des centaines d’étudiants,
hommes et femmes. Plusieurs de ces étudiants devinrent eux-mêmes des érudits
respectés. Un de ses étudiants, Abdoul Malik ibn Marwan, devint même calife.
Aisha ibn Ahmad ibn Mohammad ibn Qadim (décédée
en 1009 de notre ère)
Aisha fut l’une des plus grandes
érudites de la fin du 10e siècle. La quasi-totalité des
informations disponibles à son sujet proviennent de dictionnaires biographiques
rédigés par des érudits andalous entre les 12e et 14e
siècles de notre ère. Le fait qu’on se souvenait d’elle et qu’on l’incluait
toujours dans divers documents longtemps après sa mort ne fait qu’ajouter à son
prestige. Ce qui suit est un aperçu de sa vie selon Ibn Bashkouwal (mort en
1183 de notre ère) :
« Elle était de Cordoba. Le grand
historien Ibn Hayyan (mort en 1076 de notre ère) la mentionna et dit :
« Personne, à son époque et dans toute la Péninsule ibérique, ne pouvait
être comparé à elle en termes de savoir, d’excellence, de littératie, de poésie,
d’éloquence, de vertu, de pureté, de générosité et de sagesse. Elle écrivait
souvent des hommages aux rois de son époque et prononçait des sermons dans
leurs cours. Elle était une excellente calligraphe et recopia de nombreux
manuscrits du Coran et d’autres livres. Elle collectionnait les livres,
qu’elle possédait en grand nombre, et ne se lassait jamais d’apprendre. »
Note de bas de page:
- La Sounnah fait référence aux enseignements et au mode de vie du prophète Mohammed
- Un hadith est la trace écrite des paroles et actions du prophète Mohammed et de ses compagnons. Ils furent transmis par l’intermédiaire de chaînes de narration.
- Le titre de Calife était donné au leader religieux et civil musulman, considéré comme le successeur du prophète Mohammed.